Six chapitres

Ça commence par une belle histoire

 

En porte-à-faux

 

Pièges et chevaux de Troie

 

Des chiffres, des écrans et des courriels

 

La co-vide dit neuf ou la grande rupture

 

Un nouvel indice de bonheur éducatif

 

[...] À ce moment-là, quand on est du côté de ceux qui ne se laissent pas dire ce qu’il faut faire, de ceux qui revendiquent leur intégrité d’enseignant, de ceux qui ne se font pas berner par les glissements progressifs et insidieux que les réformes successives ont apportés, de ceux qu’on considère désormais comme des « chamailleurs » insoumis — sans aucune connotation politique donnée à ces mots bien sûr —, on se trouve dans une position paradoxale et très inconfortable. On aura usé de notre temps, de notre énergie et de notre salaire pour devoir au bout du compte s’évertuer à mettre en place les réformes, d’abord en rechignant, puis à reculons et sans enthousiasme, et enfin entraîné par le flot d’injonctions d’une administration toujours bienveillante et conciliante. On verra nos collègues les appliquer de bonne grâce, rusant d’imagination et d’adaptation. On se surprendra soi-même à d’apporter du grain à moudre et être volontaire pour appliquer la réforme. On participera activement à des réunions de travail à son sujet, tout cela alors que quelques mois auparavant, on a lutté et on s’est sacrifié un plus ou moins long moment pour que tout cela n’arrive pas. Si on résiste à cela à un moment donné, on nous taxera de doux rêveurs, de passéistes, voire de complotistes, ce nouveau mot fourre-tout insultant. Il s’agit là de nous assagir, de nous amadouer peut-être ; c’est une forme de menace camouflée, de mise au pas derrière les bons sentiments. Si cela ne s’appelle pas de la schizophrénie… [...]

Je commence à écrire quelques jours avant le « grand déconfinement » du 11 mai 2020, ce jour où j’entends que des enseignants se seraient fait rappeler à l’ordre par leur administration. Certains ont même été sanctionnés pour avoir émis quelques doutes ou contestations concernant les réformes en cours ou les conditions de leur travail, à titre privé et en dehors de leur temps d’exercice. Je n’en reviens pas, un peu sonné d’entendre que la grande maison éducative nationale, mieux connue désormais sous le sobriquet de Mammouth 1 , ne supporterait pas la contradiction et qu’on remette en cause certains de ses travers et fonctionnements obsolètes ; pourtant il y en a toujours et c’est ainsi comme partout. Cela signifierait-il qu’on ne veut pas voir la vérité en face et que des résistances dogmatiques sont sans aucun doute à l’œuvre. ? Je me dis aussi qu’il y aurait tellement d’histoires à raconter, tellement de lumières à allumer dans le spectacle éducatif, tout simplement pour ne pas se laisser submerger par la routine, pour prendre de la hauteur de vue. Je me dis que celle qu’on appelle la Grande Muette n’est pas uniquement celle à qui on pense habituellement.

[...] Se contenter de donner des pistes de réflexion ne suffit certainement pas. C’est une insurrection qu’il nous faut entreprendre, c’est un appel à remettre en cause nos modes de pensée si « train-train quotidien », à sortir de nos petites peurs égoïstes, à réviser nos certitudes universitaires et scolaires enracinées, à envisager autrement ce métier difficile et exaltant à la fois. Cette enquête intérieure de l’intérieur n’est qu’une contribution humaine et citoyenne aux différents débats relatifs aux questions éducatives, une exhortation à plus de courage et de probité, à redonner de la grandeur et de la noblesse au métier. Si cette contribution peut faire tomber quelques murs ou murets, elle aura trouvé son chemin. Alors, faut-il aller respirer un autre air ou simplement ouvrir les fenêtres et aérer la classe ? À cette question buissonnière, il est urgent de répondre.

 

1. Claude Allègre, ministre de l’Éducation nationale, « Il faut dégraisser le mammouth ! », 24 juin 1997.

L’enquête intérieure débute par une belle histoire : celle d’un enseignant d’arts plastiques en collège engagé dans son métier et fidèle aux valeurs de l’art et de la culture. Mais le tableau se fissure. Un immense porte-à-faux menace l’enseignant. Pierre Rich en détricote et soulève quelques pièges et embûches : non-dits et malentendus, tendances idéologiques et autoritaires, gestions managériales et glissements sémantiques, effets néfastes du « tout numérique », remise en cause de la liberté pédagogique. La crise profonde survenue au printemps 2020 a renversé la donne et a accentué « le malaise enseignant ». Dans cet essai-témoignage, l’auteur pose un regard original et sans concessions sur le métier. Ses analyses au vitriol dénoncent tout autant les dangers planant sur l’éducation qu’elles appellent à en transformer la vision trop étroite. Ré-imaginer une école créative, guidée par un nouvel indice : le bonheur éducatif. « Faut-il aller respirer un autre air ou simplement ouvrir les fenêtres et aérer la classe ? À cette question buissonnière, il est urgent de répondre.

Éducation nationale, grandeur et déclin

Une enquête intérieure

Pièges et chevaux de Troie / extrait

"[...] Le deuxième sens du mot savoir, selon Le Robert, c’est « d’être capable par un apprentissage, par l’habitude, de pratiquer une activité », ce qui pourrait aussi être la définition d’une compétence. Mais que ce mot savoir ait une double signification est fondamental. L’objet de notre Grand Remplacement, lui, n’a que le simple sens d’une expertise technicistes très concrète et matérielle : la capacité de faire avec. Alors je fais avec, et tous les enseignants s’en accommodent, comme ils le peuvent. Ici ou là, j’ai tenté de le dire et d’argumenter, lors d’une réunion plénière ou d’une formation, que ce mot compétence me gênait, que je n’y trouvais pas mon compte dans mes enseignements. Les réponses furent bienveillantes parfois, évasives d’autres fois.

 

« Bon, ce n’est qu’un petit professeur d’art illuminé, on ne va pas le contredire. »

Et nous voilà pris dans le tourbillon de l’acceptation béate, celui de devoir appliquer les directives dans notre travail et les troublions eux, n’ont qu’à entrer dans le rang ou ronger leur frein. Quand Albert Camus nous dit que « mal nommer les choses c’est ajouter du malheur au monde. », il ne veut rien dire de plus que cela : c’est sans doute une manie dans le monde éducatif, qui part pourtant d’un bon sentiment réformateur, de changer les mots pour apporter du « sang neuf » à la pédagogie. On dirait une sorte d’effet bling-bling, mais c’est une vaste illusion qui risque bien de favoriser l’effondrement d’un système en plein désarroi. [...] "

Un autre regard sur l'éducation

Un nouvel indice de bonheur éducatif / extrait

"[...] L’humour et le rire sont des moteurs fondamentaux à l’acquisition des connaissances, on en connait les effets neurologiques sur le cerveau, notamment sur la mémoire. Alors pourquoi s’en priverait-on ? D’une manière plus générale, c’est l’expression des émotions et la prise de parole autour de ces émotions, quelles qu’elles soient, qui comptent sans doute le plus dans l’affaire. Beaucoup d’enseignants usent de cet humour salutaire et n’en sont heureusement pas avares. J’ai passé presque toute une année scolaire à travailler sur l’expression des émotions en arts, avec un petit groupe d’élèves issus du dispositif Ulis, classe spécifique d’enfants présentant toutes sortes de handicaps, jusqu’à l’autisme. Même s’il fut difficile d’évaluer les acquis à long terme, les bénéfices à court terme ont été significatifs : un plus grand bien être en classe, une joie exprimée ouvertement à l’arrivée dans la salle, une confiance en soi accrue, des conflits larvés qui s’apaisent. La clé est certainement là, pour désamorcer les tensions, les malentendus et les crispations. Alors que pourrait-on dire d’un enseignement qui systématiserait l’hygiénisme et le port du masque obligatoire ? [...] "

Éditions

Parution juin 2021

ISBN : 978-2-37263-114-3

Introduction / extrait

La lutte finie / extrait

Écrivain et photographe

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06 49 10 61 20

 

 

Les  livres photo

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